Deux semaines que je n’ai toujours pas de nouvelles de Louis-Gaby-tourne-pas-rond, comme l’a renommé Sidonie et pourtant
je suis toujours en vie. Faut dire que je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer, puisque Karl semble s’être décidé à prendre mon emploi du temps en main. C’est drôle, j’ai l’impression d’avoir
découvert en l’espace d’une semaine et demie plus de points communs entre lui et moi que je ne le pensais.
Karl est un Casanova, il adore les femmes. Il trouve en chacune d’elles quelque chose de fascinant, propre à chacune et dont il ne veut se
priver.
« Si une femme veut m’offrir le meilleur d’elle-même, je ne peux le lui refuser, ce serait comme refuser d’apprendre et j’apprends de chaque femme. Chaque femme me
rend meilleur à sa façon et j’essaie à mon tour de leur transmettre ce qu’il y’a de meilleur en moi. »
Généreux et en plus partageur, ce Rael des villes soutient lorsqu’on lui évoque la courte durée de ses relations, combien il serait égoïste de priver d’autres femmes
de ce qu’il pourrait leur apporter. Ce qui explique pourquoi il a à son bras et dans son coeur une superbe fille différente presque tous les mois. Ce qui est surprenant, c’est que les conquêtes
de Karl ne semblent jamais lui tenir rigueur de son inconstance. Il n’est donc pas rare de voir une des jeunes femmes dont il a pris congé réapparaître quelques mois plus tard, toute aussi
enchantée, enjouée et émerveillée comme au premier jour, bien qu'avertie du caractère éphémère de ces retrouvailles.
Si j’avais été ne serait-ce qu’un brin attirée par Karl, je pense que j’aurais eu de quoi complexer à vie à la simple description, qu’il fait de ses ex. En effet, il
affiche un profonde admiration et un sincère respect pour chacune de ces demoiselles, n’utilisant jamais un adjectif désobligeant pour les décrire, ne s’épanchant sur une idylle que pour en
décrire la qualité et le caractère spécial et constructif, mais jamais la moindre explication sur le pourquoi d’une rupture. De chacune de ses aventures, il ne dévoile que le coté positif des
choses et je le soupçonne d’ailleurs d’enjoliver parfois. Les filles qui ont le cœur de Karl ne serait-ce que pour une soirée ou une heure sont des personnages mystérieux, sortes de déesses qui
ne descendent jamais du pied d’estale qu’il leur a érigé, même pas pour le rejoindre et s’installer définitivement dans sa vie.
Heureusement pour ma santé mentale,une liaison avec lui ne m’a jamais traversé l’esprit. Bon, ok, je mens, j’ai déjà fantasmé sur lui. Oui, c’est vrai.
C’est arrivé. Mais ce fut très bref et j’ai des circonstances atténuantes. Deux pour être exactes.
La première est que je suis un être humain et rares sont les êtres humains femelles ou gays qui résistent à Karl.
La deuxième? Lorsque c'est arrivé, j’étais en pleine période de disette, à savoir 6 mois de vide intersidéral, d’anorexie sexuelle à cause d’un stupide défi que
Jane-Charlotte m’avait lancée et que moi, parce que c’était Jane-Charlotte, et que Jane-Charlotte a toujours raison et que cela m’exaspère , j’avais relevé… Je sais c’est idiot, mais elle m’avait
cherchée...
Je sortais de 3 mois de relation avec ce mec, ce Fabrice, champion poids lourd catégorie pot de colle.Rencontré à la superette du coin, il a très vite
prétendu être fou amoureux de moi et dès la première nuit d'amour, avait implanté brosse à dent, caleçons et chaussettes dans un coin de mon antre. Malgré son talent d’orateur et son humour,
Fabrice qui se prétendait comédien était sans emploi et sans logement et cela n’avait pas l’air de le soucier des masses. A cette période hivernale où toutes mes amies étaient maquées et
cloitrées bien au chaud dans les prémices de toutes neuves love stories, ce garçon au physique même pas folichon, me faisait une présence divertissante le soir. En plus comme il n’avait pas un
rond, il compensait en étant aux petits soins. En rentrant du boulot, je n’avais plus qu’à mettre pieds sous la table et me prélasser devant la télé, pendant qu’il cuisinait, aspirait, repassait,
complimentait, massait et même vernissait mes orteils, sa manière à lui de payer le loyer. Il avait même la politesse d’être bon amant. Mais après avoir allègrement squatté mon frigo et mon
chez-moi pendant 2 mois et demi, ce rustre m’avait sans largué sans élégance aucune : Par l'intermédiaire d'un post-it vert fluo en forme de coeur, collé à mon miroir:
« Liza, ça va trop vite pour moi, je crains de ne pas pouvoir t’offrir ce que tu souhaites »
D’après le Harraps Jane-Charlotte, il fallait traduire ainsi :
« T'es bien mignonne mais j’ai trouvé une bonne poire plus riche et avec un appartement plus grand que le tien ».
2 jours après, elle le croisait avenue Montaigne, sortant de chez Armani, avec au bras gauche une dizaine de sacs de shopping et au bras droit un vieillard gras, luxueux et fortement efféminé.
Elle me donna aussitôt rendez-vous au Délicabar pour m’en faire rapport, et après m’avoir écoutée pester sur la gente masculine, elle conclut de sa délicatesse habituelle :
« Tout cela n’arriverait pas si tu n’étais pas aussi dépendante des mecs.
-quoi!?! Tu plaisantes, je ne suis absolument pas dépendantes des hommes ! Je travaille, je paie moi-même mon loyer, je m’offre mes fringues moi-même, il n’y a pas plus indépendante que moi !
- ce que je veux dire c’est que tu es dépendante des relations et que tu es incapable d’accepter d’être seule. Du coup tu prends tout ce qui passe et tu te contentes du minimum syndical, tout en
sachant que lorsque cela se terminera mal et te restera en travers. Sans une goutte de testostérone dans les parages, tu paniques !
- tu, tu…euh !mais c’est n’importe quoi !!!
-vraiment ? Alors, ma très chère, je te mets au défi de tenir un mois, sans avoir un seul mec en vue, sans un seul coup d’un soir, sans remettre ça ne serait-ce qu’une fois avec un ex ou autre
second choix !
- Quoi ? Mais c’est ridicule!!! Je n’ai pas besoin d’un stupide pari, pour faire cela…
-hein, hein…
-Bon, ok ! Mais un mois c’est un peu court…je te parie que je tiens plus longtemps et que je peux tenir jusqu’à ce qu’un mec digne de ce nom se pointe !!!
-Le défi est lancé ! C’est parfait! Je commençais à m’ennuyer moi en ce moment. Bon, je te laisse, ajoutait-elle en me collant un maternel baiser sur le front, j’ai rendez-vous avec Andrew,mon
américain. Je t’ai parlé d’ Andrew ? Une vraie bête de sexe !!! ».
Cruelle, elle me plantait là, brutalement, désemparée, seule, face à ma libido, ma fierté piétinée en un post-it et mon club sandwich à 2 millions de dollars.
Jeudi 8 octobre 2009
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Par Liza L.