Cela faisait donc un semestre que je m’étais embarquée dans le défi de Jane-Charlotte, qui elle, de son coté n’avait pas
pour autant freiné le rythme de ses aventures. A croire qu’elle était la seule sur cette planète, autorisée à avoir des travers. Moi je m’en sortais plutôt bien, les deux premiers mois furent les
plus difficiles, le temps de prendre un autre rythme et d’abandonner de faciles automatismes. Il y eut tout d’abord une petite période de déprime accompagnée d’une agressivité accrue par le
manque de ce centre d'intérêt, ce sujet de conversation intarissable, cet elixir de plaisir, d'angoisse, d'excitation et d'énervement, j'ai nommé: Le Mâle.
Je traversais une phase d’euphorie et de bien-être, mais j’étais motivée comme une randonneuse pro-bio affamée, sevrée au
bouillon de légumes ! Et finalement, une fois, les turbulences passées,j’en arrivais à savourer ma solitude et ma nouvelle indépendance et me félicitais du succès de cette désintox’ comme
si j’en avais été l’instigatrice. Me laissant voguer sur une douce vague de quiétude, j'avais pour seul soucis : moi, moi et moi. Je ne m’autorisais plus aucune contrainte de prédatrice,
sortais sans maquillage, portais des culotte Snoopy, avais les jambes qui piquaient sous mon jean et ce n’était même pas grave. J'affrontais tête haute le risque de croiser le prince charmant
dans cet état. Au pire, je lui dirais de repasser. J’osais me mettre seule en terrasse pour siroter un café, sans même faire semblant d’être absorbée par un bouquin ou mon répertoire téléphonique
et, c’est pour dire, il m’arrivait même régulièrement la prouesse d’oublier Sam, à la maison sans même m’en apercevoir de la journée !
J’étais libre et « All by myself » était devenue pour moi la plus gaie et stimulante des chansons. J’avais ignoré des
ébauches de dragues des plus physiquement alléchantes au moindre défaut ou vice de procédure perçu et les relances d’intérimaires des plus assidus et convaincants. J’étais inébranlable. Sidonie
craignait que je ne sois juste devenue un glaçon et s’était même demandé si je n’avais pas changé de bord. Moi, je me flattais de cette maîtrise et de ce nouveau statut de fille intouchable. En
plus cela marchait fort auprès des hommes si bien que j’avais malgré moi une ribambelle de courtisans que je me plaisais à rembarrer. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des
mondes.
C’était sans compter ce jour où Claudia, ma boss et propriétaire de l’Ange bleu avec laquelle je travaillais depuis
quelques mois alors, m’annonça qu’elle allait voyager quelques temps et qu’elle souhaitait pour la remplacer en son absence, me confier plus de responsabilités et en quelque sorte la gestion de
la friperie. Naïvement, je pensais que c’était la résultante logique de ma nouvelle émancipation, la destinée de toute femme indépendante, que j’allais définitivement rejoindre le crew de Beyonce
et ses copines ! Je me voyais déjà transformée en working girl accomplie aux commandes d’une entreprise ! « Sans dieu, ni maître !» m'emballais-je déjà, jusqu’à ce qu’elle ajoute qu’elle allait
me coller avec un mec, et pire : son fils. Le pauvre petit avait besoin d’un boulot pour financer ses études de théâtre. Je ne l’avais alors, jamais rencontré et n’avais vu qu’une photo passée de
lui à l’âge de 5 ans, un peu grassouillet, coupe au bol et pull marron, salopette orange avec renfort cuir sur coudes et genoux. Je m’imaginais que 20 ans après, c’était un bon à rien, un enfant
gâté, empoté, capricieux et pédant et surcouvé et élevé dans le mythe de l’enfant-roi qui userait et abuserait de son statut d’héritier.
J’étais loin de penser que j’allais rencontrer l’être le plus délicieux de la gente masculine « ever ». Mon «
indépendance » dernièrement acquise allait certes bien en prendre un coup mais pas là où je le pensais.
Jeudi 15 octobre 2009
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17:37
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Par Liza L.